MINT 2026 : où en est la Suisse aujourd'hui ?

Douze ans après la première édition du baromètre des jeunes talents dans les disciplines MINT, la nouvelle édition 2026 révèle que l'intérêt pour ces disciplines est resté globalement stable, que les stéréotypes persistent et que les femmes sous-estiment leurs propres compétences. Dans le même temps, les résultats sont plus nuancés que prévu et des pistes d'action claires se dégagent.

En 2014, le premier « Baromètre suisse de la relève dans les domaines MINT » avait constaté que si les jeunes trouvaient la technologie et les sciences naturelles intéressantes, ils choisissaient néanmoins rarement une profession dans ces domaines. Les Académies suisses des sciences et la SATW ont désormais actualisé cette étude en collaboration avec la Haute école pédagogique de la FHNW – avec des résultats mitigés : malgré d’intenses efforts de promotion, les tendances principales n’ont guère évolué sur le plan structurel. Mais les données révèlent également de nouvelles pistes d’action.

L'intérêt est là lorsque les MINT deviennent tangibles

5'118 élèves, apprentis, étudiants et actifs ont été interrogés en ligne de juin à décembre 2025 – en allemand et en français, dans toute la Suisse. L’intérêt général pour les MINT s’élève en moyenne à 5,8 sur 10 : une valeur qui traduit une attitude modérée, mais pas enthousiaste. Les hommes s’intéressent généralement davantage aux MINT que les femmes, et les personnes ayant une orientation MINT manifestent un intérêt nettement plus marqué que celles qui n’en ont pas. Au niveau secondaire I, les élèves sans orientation MINT affichent l’intérêt le plus faible parmi tous les groupes interrogés. Il s’agit là d’un signal d’alerte, car c’est à cet âge que se préparent les choix d’orientation scolaire.

La bonne nouvelle, c’est que dès que les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (MINT) sont présentées dans des contextes concrets, tels que les applications médicales, la protection de l’environnement, les nouvelles technologies et les défis sociétaux, l’intérêt augmente nettement chez les deux sexes. Les applications médicales séduisent particulièrement les femmes, tandis que les hommes sont davantage attirés par les nouvelles technologies et l’IA. Ce constat constitue un argument de poids en faveur d’une communication des contenus MINT moins abstraite et davantage axée sur la vie quotidienne et les applications concrètes.

« Les données confirment ce que nous observons dans la pratique : les contenus abstraits rebutent, tandis que les applications concrètes suscitent l'enthousiasme. Cela vaut aussi bien pour l'école que pour la communication professionnelle. »

Edith Schnapper, responsable de la promotion des jeunes talents à la SATW

École : la biologie a la cote, l'informatique n'est pas appréciée

Chez les élèves de lycée, la biologie est la matière la plus appréciée et constitue en même temps la seule matière des disciplines MINT à être mieux notée par les filles que par leurs camarades masculins. L'informatique est la matière la moins appréciée par les élèves des deux cycles du secondaire. Chez les élèves du premier cycle du secondaire, en revanche, les matières « Médias et informatique », les mathématiques et « Nature et technique » comptent parmi les plus appréciées ; seules l'éducation physique et l'anglais sont encore mieux accueillies. Un point positif : au premier cycle du secondaire, la matière « Nature et technologie » est appréciée à peu près autant par les filles que par les garçons.

De plus, le rôle de l’enseignant·e s’avère déterminant : les élèves qui se sentent valorisés et soutenus par leurs enseignant·e·s des disciplines MINT manifestent un intérêt accru pour ces matières et sont plus enclins à envisager une carrière dans ce domaine. Une profession dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (MINT) est plus attrayante pour tous les élèves qu’un cursus universitaire dans ces domaines, et la majorité d’entre eux souhaite commencer un apprentissage à la fin du premier cycle du secondaire.

L'image de soi comme obstacle : les femmes se sous-estiment

L’un des résultats les plus frappants est que les femmes évaluent leurs propres compétences en mathématiques, en informatique et en technologie à un niveau inférieur à celui des hommes. C’est dans le domaine technique et pratique que la différence est la plus marquée. En sciences naturelles, les auto-évaluations sont proches les unes des autres et ce sont même les filles ayant une orientation MINT qui s’évaluent le plus haut dans ce domaine.

Cette tendance se manifeste dès le premier cycle du secondaire, où les garçons évaluent leurs compétences en « médias et informatique » comme nettement supérieures à celles des filles. Le rapport souligne que les performances et l’image de soi liée à la discipline peuvent se renforcer mutuellement, et que des préjugés tels que « les filles sont moins douées en mathématiques » peuvent contribuer à ce que les filles obtiennent effectivement de moins bons résultats.

Il est toutefois important de nuancer : l’analyse détaillée portant sur cinq dimensions de compétences montre que les femmes s’estiment en moyenne légèrement plus compétentes que les hommes en matière de résolution analytique et créative de problèmes. Une évaluation se limitant aux seules disciplines classiques des STEM s’avère donc insuffisante.

« Les données montrent que les femmes sont tout à fait conscientes de leurs atouts en matière de résolution de problèmes, mais qu'elles continuent d'avoir une image négative d'elles-mêmes dans les domaines de la technique et de l'informatique. C'est sur ce point que nous devons agir de manière plus ciblée, en veillant non seulement à développer leurs compétences, mais aussi à renforcer leur confiance en leurs propres capacités. »

Susanne Metzger, professeure de didactique des sciences à la PH FHNW et responsable de l'étude

Choix de carrière : l'intérêt prime sur le salaire

Pour tous, le critère le plus important dans le choix d’un métier est l’intérêt pour le contenu du poste, suivi du salaire et des perspectives de carrière, des compétences professionnelles ainsi que de la conciliation entre vie familiale et loisirs. Il convient également de noter l’observation suivante : contrairement à ce qui était encore le cas en 2014, le salaire et les perspectives de carrière ne sont plus systématiquement plus importants pour les hommes que pour les femmes. Cette différence semble s’être estompée, ces facteurs ayant également gagné en importance pour les femmes.

Les parents restent les personnes les plus influentes dans le choix d’une profession ou d’une filière d’études – la mère jouant même un rôle plus important que le père, sauf chez les élèves du secondaire II. Selon le « Baromètre des transitions » (2025) – une étude réalisée par l’institut de sondage GfS de Berne –, aucune profession MINT ne figure parmi les cinq choix professionnels préférés des élèves de sexe féminin, tandis que chez les élèves de sexe masculin, les métiers de polymécanicien, d’informaticien et d’électricien sont représentés. Il est toutefois encourageant de constater que, parmi les personnes interrogées, celles qui se lancent dans des activités MINT sont plus nombreuses que celles qui les quittent, et que les actifs dont le métier est axé sur les MINT seraient plus enclins à choisir à nouveau ce métier que ceux dont ce n’est pas le cas.

Ce qu’il faut faire

Les auteures Susanne Metzger et Laura Villardita (PH FHNW) formulent des recommandations concrètes à partir de ces données :

  • Mettre en avant la diversité des STEM : valoriserla formation professionnelle , l’artisanat, la qualité technique et la résolution pratique de problèmes – les STEM ne se limitent pas à la recherche universitaire.
  • Intervenir tôt et de manière continue : c’est souventau niveau du premier cycle du secondaireque les choix sont déjà déterminants. La promotion des filières MINT devrait commencer tôt et être poursuivie de manière continue.
  • Renforcer de manière ciblée l’image de soi : les filles,en particulier , ont besoin d’être encouragées – grâce à des offres d’apprentissage adaptatives, des retours différenciés et une culture du feedback sensible à la discrimination.
  • Donner les moyens aux enseignants : un enseignementsolidaire et tenant compte des questions de genre fait une différence tangible sur l’intérêt pour les disciplines MINT et le choix professionnel ultérieur.
  • Racontez des parcours professionnels authentiques : mettre en avant des modèlesdiversifiés – en particulier des femmes dans les STEM – afin que les jeunes puissent s’identifier aux métiers des STEM.
  • Renforcer les compétences STEM en tant que compétences fondamentales : la maîtrise des nouvelles technologies et de l’IA n’est pas seulement pertinente pour répondre aux besoins en main-d’œuvre qualifiée, mais aussi pour la participation de tous à la vie sociale.
  • Renforcer l’égalité des chances : lutter contreles stéréotypes de genre , réduire la discrimination et cibler spécifiquement les groupes défavorisés sur le plan éducatif.

« La promotion des disciplines MINT en Suisse a déjà donné de nombreux résultats. Mais nous devons agir de manière plus coordonnée et plus cohérente. Il ne suffit pas d'avoir de bons programmes : ceux-ci doivent être mis en œuvre à l'échelle nationale et leur efficacité doit être évaluée. »

Mme Marianne Bonvin, directrice générale des Académies suisses des sciences

À propos de l'étude

Le Baromètre suisse de la relève dans les disciplines MINT 2026 a été élaboré par Susanne Metzger et Laura Villardita, de la Haute école pédagogique de la FHNW, à la demande des Académies suisses des sciences et réalisé sous la direction de la SATW dans le cadre du mandat MINT. Cette étude a été réalisée en étroite collaboration avec le baromètre des opinions MINT 2025 de l'ETH Zurich, qui recense, dans le cadre d'une étude représentative à long terme, les tendances relatives à la perception des disciplines MINT.